Époque · Dijon devient française
Château de Louis XI
1478, démoli de 1889 à 1897
L’essentiel
Bâti à cheval sur le rempart, ce carré d’environ 80 m flanqué de quatre tours surveille la ville autant qu’il la protège.
L’anecdote
À l’hiver 1870-1871, la municipalité le fait démolir par des chômeurs qui récupèrent les pierres. L’État, propriétaire, arrête cette destruction sauvage.
L’histoire en détail
Après la mort de Charles le Téméraire, les troupes royales menées par Charles d’Amboise envahissent le duché. Le 5 juin 1477, par l’intermédiaire de son gouverneur, Louis XI fait savoir au maire de Dijon, Étienne Barbisey, qu’il veut bâtir un château dans la ville, comme à Auxonne et à Beaune. Pour le financer, un impôt est levé sur chaque « feu », c’est-à-dire chaque foyer, de la province : en avril 1478, des révoltes éclatent dans l’Auxois, le Beaunois et le Châtillonnais.
Le chantier, dont la maçonnerie est attribuée par les sources à Jehan Nourissier, avance lentement. Les tours Saint-Bénigne et Notre-Dame sont terminées en 1481, mais Louis XI meurt en 1483 sans voir la forteresse achevée. L’entrée fortifiée côté ville, la porterie, est prête en 1487, puis la peste interrompt les travaux en 1494. Ce n’est qu’au début du XVIe siècle, sous Louis XII, que s’ajoutent le logis du gouverneur, une chapelle, une porte de secours et un grand boulevard en fer à cheval tourné vers la campagne. Pensée pour l’âge du canon, la forteresse est parcourue de galeries cachées : on y circule sans être vu, on tire dans le fossé et l’on est averti si l’ennemi creuse une mine, un tunnel sous les murs.
Épargné lors du siège de 1513, le château devient vite dépassé. Pendant les guerres de Religion, les partisans de la Ligue catholique qui s’y sont retranchés se rendent au maréchal de Biron le 28 mai 1595. En 1620, on abaisse les tours d’un étage pour y installer des plates-formes à canons. Son dernier épisode guerrier a lieu pendant la Fronde, quand des partisans du Grand Condé l’occupent.
En 1789, la Ville demande au roi de lui céder le château, puis, un an plus tard, de le détruire. À la Révolution, il enferme des prisonniers politiques avant de devenir une caserne, le « château des gendarmes ». En 1876, l’architecte Charles Suisse, auteur d’un projet de restauration, obtient son classement, mais l’édifice barre le futur boulevard de Brosses : déclassé en 1887, il est rasé. Autorisée à le visiter en juin 1890, la Commission des antiquités de la Côte-d’Or ne sauve que deux fragments de pinacles, des traits d’arbalète, deux épis de toiture en plomb et les contrepoids du puits.
Pour l’imaginer aujourd’hui, il faut entrer dans les musées. Le musée des Beaux-Arts conserve trois tableaux peints en 1861 par Pierre-Alexandre Jeanniot, qui montrent la tour Guillaume, l’entrée et la porte de secours, et le musée archéologique présente quelques décors, dont une gargouille. Sur place, la rue du Château garde son nom, l’hôtel des Postes s’élève à l’emplacement de l’ancienne porterie, et le terrain de la tour Saint-Martin a été réservé en 1896 au temple protestant.
Pour aller plus loin
Ses deux tours tournées vers la ville s’appellent Saint-Bénigne et Notre-Dame. Prison d’État après 1674, puis caserne de gendarmerie, il est démoli de 1889 à 1897. L’hôtel des Postes (1909) et la place Grangier occupent son emplacement.
Pour approfondir
Le dossier officiel le plus complet sur ce lieu, avec plans, illustrations et détails.
Ouvrir le dossier ↗Ville de Dijon, VAH : dossier pédagogique Moyen Âge (PDF)
Sources
- Inventaire du patrimoine, Région BFC : château de Dijon
- Archives municipales de Dijon : répertoire du débastionnement
- Ville de Dijon, VAH : dossier pédagogique Moyen Âge
- Bibliothèque municipale de Dijon : Mémoires de la Commission des antiquités de la Côte-d’Or, t. XXXVI (abréviations, article sur Saint-Michel)