De Divio à Dijon

Époque · Le siècle du canal et du train

Rue de la Liberté

Percée en 1721-1725

L’essentiel

Percée en l’honneur des Condé, gouverneurs de Bourgogne, l’ancienne rue Condé relie la porte Guillaume au palais des ducs. Elle est piétonne depuis 2012.

L’anecdote

Le 11 septembre 1944, la foule y fait une haie d’honneur aux troupes de la Libération.

L’histoire en détail

Le long de la rue se dresse une maison bien plus ancienne qu’elle. À l’angle de la rue Bossuet, au « coin du miroir », point de rendez-vous bien connu des Dijonnais, la maison aux trois visages doit son nom à ses trois pignons à pans de bois. C’est le seul édifice de ce type et le plus ancien conservé sur l’axe. Restaurée de 2023 à 2025, elle a été datée par dendrochronologie, l’étude des cernes du bois : le bois de ses deux pignons côté rue Bossuet a été abattu en 1437-1438, et le troisième date de 1451. Le rouge de ses pans de bois reprend la plus ancienne couleur retrouvée.

La rue elle-même date du XVIIIe siècle. Après l’annexion de la Franche-Comté, Dijon n’est plus une ville frontière et perd en 1711 son statut de place forte : la municipalité peut alors desserrer la ville et ouvrir de nouvelles rues. La rue Condé est construite entre 1721 et 1725 pour relier la place Royale à la porte de l’ouest, reconstruite en arc de triomphe de 1786 à 1788. En 1731, les États de Bourgogne décident de doter le palais d’un escalier d’apparat. Jacques Gabriel l’intègre à l’aile bâtie sur la rue, et ses voûtes veillent aujourd’hui sur les Archives municipales.

Entre la place François-Rude et la place de la Libération s’étend la séquence des arcades : ses 17 immeubles sont tous protégés au titre des monuments historiques, la plupart pour leurs façades et toitures, inscrites en 1937. Plus à l’ouest, à l’angle de la rue Bossuet, une maison garde une échauguette, une petite pièce construite en surplomb à l’angle de la façade, classée dès 1923.

La rue a aussi traversé des heures sombres. Sous l’Occupation, au n° 78, le commerce de fourrure de Rafaël Jeankélovitch fait partie des commerces juifs spoliés, c’est-à-dire retirés à leurs propriétaires. Le 11 septembre 1944, au contraire, Henri Drouot décrit dans ses notes une foule énorme, « joyeuse et grave », massée de la place d’Armes à la place Darcy et chantant la Marseillaise. La date exacte à laquelle la rue a pris le nom de « rue de la Liberté » n’est pas établie par les sources consultées.

Dernière métamorphose : le tramway revient à Dijon le 1er septembre 2012, 51 ans après sa disparition, et dès le 3 septembre la rue devient piétonne. Depuis 2018, l’opération « Façades Liberté » de la Ville aide les propriétaires à ravaler leurs façades : 21 immeubles dans une première phase à l’ouest, puis les arcades, jusqu’en avril 2027.

Pour aller plus loin

Au 32, la boutique Maille sert de la moutarde à la pompe. Aux numéros 54-56, la maison aux trois visages, la plus ancienne de la rue, a des pans de bois abattus en 1437-1438.

Pour approfondir

Le dossier officiel le plus complet sur ce lieu, avec plans, illustrations et détails.

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Ville de Dijon : la maison aux trois visages

Sources