Époque · L’âge d’or des ducs Valois
Chartreuse de Champmol
1385, vendue en 1791
L’essentiel
Philippe le Hardi la fonde en 1385 pour en faire la nécropole des ducs Valois.
L’anecdote
Pour la Ville, la Chartreuse est aux ducs de Bourgogne ce que Saint-Denis est aux rois de France.
L’histoire en détail
Alors que les premiers ducs capétiens reposaient à l’abbaye de Cîteaux, Philippe le Hardi veut une nécropole digne de sa nouvelle dynastie : un geste pieux, mais aussi un véritable acte politique. Dès 1378, il achète le domaine de Champmol, hors des murs, à l’ouest de la ville et près de l’Ouche. Avant même la fondation officielle, on assainit cette terre inhospitalière, marécageuse comme le suggère son nom. Les moines chartreux s’installent en 1388, l’année où l’église est dédicacée, et l’ensemble du chantier s’achève en 1410.
Le monastère s’organisait autour de deux cloîtres. Le petit menait à l’église, au réfectoire et à la salle capitulaire, où se réunissaient les moines. Le grand desservait les cellules des 24 chartreux. En son centre, dans un bassin, se dressait la « Grande Croix », couronnée d’un Christ en croix et de Marie-Madeleine embrassant la croix. Les prophètes du socle gardent des traces de bleu, de rouge, de vert et de dorure. En 1483, de passage à Champmol, le maire de Mons Georges Lengherand décrit encore « une belle fontaine » au milieu du grand cloître.
Le chantier attire les plus brillants artistes du temps : les Flamands Jehan de Marville, Claus Sluter et Claus de Werve, ou l’Espagnol Jean de la Huerta. Arrivé à la tête de l’atelier ducal en 1389, Sluter modifie le projet de portail de Marville : au trumeau, la Vierge à l’Enfant accueille le duc, présenté par saint Jean-Baptiste, et la duchesse Marguerite de Flandre, présentée par sainte Catherine. Les trois ducs étaient inhumés dans le chœur, mais seuls les tombeaux des deux premiers ont été réalisés. Près de la chapelle, une tourelle isolée de 19 m abrite un escalier de 102 marches qui menait à l’oratoire ducal. Le puits de Jacob, daté de 1403, avec sa double volée d’escaliers, occupait le centre du petit cloître.
Dès 1772, les arcades du petit cloître sont démontées : on les voit encore au jardin de l’Arquebuse. À la Révolution, l’ordre des Chartreux est supprimé. Les bâtiments sont rachetés en 1791 par Emmanuel Crétet, futur ministre de l’Intérieur de Napoléon Ier. Beaucoup sont détruits et les œuvres dispersées ; les restes des ducs sont déposés à la cathédrale Saint-Bénigne. En 1833, le département de la Côte-d’Or achète le site et y inaugure neuf ans plus tard un asile, dessiné par l’architecte Pierre-Paul Petit. Son plan en U, centré sur le Puits de Moïse, rappelle l’ancien grand cloître. Le portail, intégré au XIXe siècle à une nouvelle chapelle, et le Puits sont classés monuments historiques dès 1840. Le parc arboré de 25 hectares porte le label Écojardin depuis 2018.
Pour aller plus loin
Il en reste le portail de l’église et le Puits de Moïse, sculptés par Claus Sluter. Le Puits (1395-1405) était le socle d’un calvaire de plus de 10 m, la « Grande Croix », entouré de six prophètes. Vendue en 1791, la chartreuse laisse place à un asile ouvert en 1842, aujourd’hui le centre hospitalier La Chartreuse.
Pour approfondir
Le dossier officiel le plus complet sur ce lieu, avec plans, illustrations et détails.
Ouvrir le dossier ↗Ville de Dijon, VAH : Focus Chartreuse de Champmol (PDF)