Époque · La ville des parlementaires
Place de la Libération
Plans de 1681, hémicycle achevé en 1689
L’essentiel
L’ancienne place Royale, un hémicycle d’arcades dessiné par Jules Hardouin-Mansart, écrin d’une statue équestre de Louis XIV.
L’anecdote
Partie de Paris en 1692 par la Seine et l’Yonne, la statue du roi reste bloquée 27 ans dans une grange de La Brosse, à 6 km d’Auxerre. Elle n’arrive à Dijon qu’en 1720.
L’histoire en détail
La place est née d’un grand chantier politique. À partir de 1668, les États de Bourgogne, l’assemblée des trois ordres de l’Ancien Régime (noblesse, clergé et tiers état), se réunissent à Dijon tous les trois ans. Pour leur offrir une salle, on engage en 1681 la transformation de l’ancien palais ducal, un chantier de plus d’un siècle confié à des architectes de renom, dont Jules Hardouin-Mansart. La place royale en fait partie : l’architecte Martin de Noinville l’aménage de 1686 à 1692 pour la Chambre de ville, devant le logis du Roi. La notice des Monuments historiques du n° 18 mentionne des « plans de Mansart, 1681 ».
Au centre devait trôner le roi. Le 18 mai 1686, les États signent à Versailles un contrat avec Étienne Le Hongre, « sculpteur ordinaire des bâtiments du roi » : une statue équestre en bronze de douze pieds de haut et treize de long, pour 90 000 livres. Le modèle est achevé en 1690, l’année de la mort du sculpteur, et la fonte suit aussitôt. Acheminée par la Seine et l’Yonne jusqu’à Auxerre, la statue ne parcourt ensuite que 6 km sur la route avant d’être remisée. Arrivée à Dijon, elle attend dans la cour du logis du Roi, car le socle prévu ne plaît plus aux États : le piédestal dessiné par Jacques-Ange Gabriel est achevé en 1725, date à laquelle la Ville situe l’installation de la statue. La grille n’est posée qu’en 1742, les inscriptions en 1747, et le piédestal est détruit le 7 décembre 1792.
Sur la place, il ne reste rien du monument, mais le musée des Beaux-Arts aide à l’imaginer. Une statuette en bronze de 48 cm, attribuée à Le Hongre et peut-être sortie de son atelier, y montre un modèle très proche : le roi en empereur romain, sans étriers, un bâton de commandement à la main. Le musée l’a achetée en 1973. Il conserve aussi une vue de la place peinte en 1781 par J.-B. Lallemand, avec la statue au centre et, au fond, la Sainte-Chapelle, détruite après la Révolution.
Au XXe siècle, les immeubles de l’hémicycle sont protégés : leurs toitures sont inscrites aux monuments historiques en 1925, leurs façades classées en 1937. Le 11 septembre 1944, jour de la Libération, le Dijonnais Henri Drouot note que les plaques de marbre au nom du maréchal Pétain ont été arrachées et remplacées par des inscriptions à la main : « place De Gaulle ». Les résistants des Forces françaises de l’intérieur (FFI) défilent sur la place. Le nom du général de Gaulle est un temps envisagé, mais Georges Connes, élu maire par le nouveau conseil municipal le 22 septembre, choisit finalement « place de la Libération ».
Pour aller plus loin
La statue est brisée en 1792 et fondue en canons. La place s’appelle ensuite place d’Armes, place du Maréchal-Pétain en 1941, puis place de la Libération, nom choisi le 22 septembre 1944 par le maire Georges Connes.
Pour approfondir
Le dossier officiel le plus complet sur ce lieu, avec plans, illustrations et détails.
Ouvrir le dossier ↗Ville de Dijon, VAH : Focus palais des ducs (PDF)
Sources
- Ville de Dijon, VAH : parcours XVIIe-XVIIIe siècles
- Ville de Dijon, VAH : Focus palais des ducs
- POP (Joconde) : statue de Louis XIV de la place Royale
- Ville de Dijon, VAH : dossier Seconde Guerre mondiale
- POP (Mérimée) : immeuble du 18 place de la Libération
- DRAC Bourgogne-Franche-Comté (UDAP 21) : périmètre délimité des abords, liste des monuments historiques de Dijon (2021)
- Ville de Dijon : quartier centre-ville